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Route 66

Sur près de 4000 kilomètres s’étend LA route mythique par excellence, LA route de Kerouac, de Steinbeck, chantée dans un bon vieux tube de Bobby Troup, repris par Nat King Cole et popularisé par Chuck Berry et les Stones qui commençaient déjà à revisiter les standards américains.


Cette traversée des Grands Lacs au Pacifique, de Chicago à Los Angeles, les deux plus grandes villes américaines en dehors de New York, vous offre un long et magistral « travelling » à travers 8 états : Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau-Mexique, Arizona et Californie.


Vous avancerez, passant progressivement de l’Amérique industrieuse des Grands Lacs et du Mississippi, via les Grandes Plaines arides, théâtre de la Conquête de l’Ouest, vers les hauts plateaux rouge sang du sud-ouest, avant de finir par le désert de Mojave et les rouleaux du Pacifique baignant la jetée de Santa Monica. Au fil du bitume, vous plongerez dans une Amérique profonde, hors des sentiers battus, une évocation nostalgique de l’âge d’or d’une Amérique disparue, illustration d’un certain rêve, pas seulement américain, fait de rock’n roll et de belles bagnoles. Un cinéma permanent au grand air balançant entre western moderne et polar qui comblera toutes les personnes prêtes à s’émouvoir devant une station-service abandonnée, souhaitant prendre un café dans un « diner » décati, errer dans un hameau fantôme ou une casse de voitures rouillées, ou se pâmer devant un Wurlitzer scintillant en écoutant la voix d’Elvis en compagnie de la fille du motel. Et puis, « keep on running », il vous faudra reprendre la route car finalement, être sur la route compte bien autant, sinon plus, que l’étape pour réaliser son propre « road movie »…


A l'origine, simple chemin indien puis piste de pionniers et desserte des multiples chantiers de chemin de fer, la première route transcontinentale du pays, intégralement macadamisée en 1937, fut réalisée en mettant bout à bout ces divers segments épars dès 1926. Des années 20 aux années 70, « la Route mère » a connu plusieurs générations de voyageurs, des okies du pays décrits dans « Les Raisins de la Colère », fuyant les dust bowls pour la terre promise californienne, aux beatniks ou vacanciers des années 1950 auxquels succédèrent les hippies des sixties qui n’étaient pas partis à Katmandou. Son succès fut tel que le pétrolier Phillips utilisa son numéro pour baptiser son essence et mieux la vendre. Déclassée en 1977 au profit des Interstates, il n'en reste plus aujourd'hui que quelques sections, souvent enfouies dans les mauvaises herbes, souvent difficiles à dénicher à la sortie des localités.


Pour vous en approcher au plus près, il ne faudra surtout pas hésiter à sortir régulièrement des autoroutes. La Route 66 est souvent davantage un état d’esprit, un peu une recherche du temps perdu, une évocation pittoresque et nostalgique du passé et de ses coutumes, une affirmation et une quête des valeurs américaines traditionnelles avec ses héros historiques ou fictifs, célèbres ou inconnus, qui les ont incarnés. Vous rencontrerez d’ailleurs souvent des personnages emblématiques, parfois hauts en couleur, ravis de pouvoir partager leur passion avec vous, que ce soit l’histoire d’un vieux motel hanté ou les vertus ronflantes d’un V8 289ci de 225 chevaux équipant une Ford Mustang GT. Grâce à son récent "revival" (réveil) touristique, la Route 66 reste aujourd'hui l'un des symboles de l'americana, un terme générique bien pratique pour définir, au sens large, ce qui fait le sel unique de l’Amérique, une Amérique anecdotique vue par le petit bout de la lorgnette, des thèmes variés regroupés souvent de manière commode sous cette appellation, sachant que l’americana déborde bien largement de la Route 66.


Attention, la Route subit encore bien des avatars. La mise à jour des informations, notamment en ce qui concerne les nombreux événements, animations, festivals, concentrations de voitures anciennes, etc. n'est pas toujours aisée. C’est la nature même de la Route qui veut ça ! Pour vous aider, chaque état possède néanmoins son association dédiée à la Route 66. Pour en savoir plus et ne rien manquer d’essentiel, reportez-vous aussi aux informations sur les localités et sites situés le long de la 66 et listés par état sur le site du Visit USA Committee.


Pour réaliser son propre « Easy Rider », on peut se laisser tenter par le parcours en moto, la Harley-Davidson amenant son propre cortège de mythes. On vous conseillera de partir avec des amis non motards qui pourront vous suivre en voiture ou en van et ainsi transporter les bagages et le ravitaillement. Que ce soit en moto ou en voiture, vous n’éviterez pas les frais d’abandon liés à l’utilisation du véhicule en aller simple. Certains tour-opérateurs bénéficient de conditions préférentielles auprès des loueurs.


Si vous voulez suivre la route dans son intégralité, l’idéal est de disposer d’un minimum de 3 ou 4 semaines. Mais on peut très bien en saisir l’âme en se concentrant sur une section, sur 1, 2 ou 3 états, en jouant avec les diverses portes d’entrée et de sortie aériennes. Parmi les mieux desservies figurent Chicago, Saint-Louis, Tulsa, Oklahoma City, Albuquerque et Los Angeles. On peut aussi se servir de Kansas City, Las Vegas, Phoenix qui ne sont pas très éloignées du tracé de la 66.


Plus on ira vers l’Ouest, plus on profitera des « grands espaces ». En effet, l’urbanisation va en se raréfiant, en dehors de quelques centres bien entendu. Chicago forme avec Springfield et Saint-Louis, un triptyque passionnant dont l’intérêt va bien au-delà de l’environnement de la 66. Le Missouri et le Kansas, ce dernier étant à peine écorné par la Route 66, sont faciles à combiner grâce à leur bonne desserte aérienne avec Saint-Louis et Kansas City (qui ne se trouve pas sur la 66). C’est sans doute en Oklahoma, l’état le plus marqué par la 66, que l’on retrouve l’atmosphère la plus authentique. Ici, pas de doute, on se sent, hors des sentiers battus, au cœur de l’Amérique. Malgré deux centres urbains importants, Tulsa et Oklahoma City, on est au beau milieu du grand désert américain, ancien « no man’s land » réservé aux indiens, toujours très nombreux, et aux hors-la-loi (qui le sont un peu moins !). C’est ici qu’est née la Phillips Petroleum Company qui sortit une essence à 66 degrés d’octane (on n’a pas vérifié personnellement…) et, profitant de l’engouement lié à la nouvelle route, lança des panneaux publicitaires qui jouaient sur l’homonymie. Devenus eux-mêmes une icône de la Route, ils font partie des collections du prestigieux Smithsonian Institute… L’isolement est à son comble dans les llanos estacados texans où le Cadillac Ranch, près d’Amarillo, est l’un des hauts lieux de la route. La traversée du Nouveau Mexique, avec comme porte d’entrée aérienne possible, Albuquerque, et qui concentre de nombreux chefs d’œuvre de la 66, sera l’occasion de multiples incursions dans les territoires indiens, des pueblos aux zunis en passant par les apaches et les navajos qui viennent toujours vendre leur artisanat dans d’authentiques trading posts. Ce seront autant d’invitations à découvrir la nature exacerbée de l’Ouest américain. Le plus long segment subsistant de la Route se trouve en Arizona. Frôlant le Grand Canyon et traversant des réserves indiennes, il cumule les attraits de la route, ceux du désert qui se poursuit après la traversée du Colorado, et la ville semi fantôme d’Oatman, en Californie où l’on s’amusera à rechercher le « Bagdad Café », en faisant la course avec les convois de l’Union Pacific.


En plus de la Route, on peut aussi chercher à cumuler d’autres thèmes ou centres d’intérêt avec par exemple, quelques parcs naturels, les réserves indiennes du Sud-ouest, les grands sites cinématographiques, l’itinéraire en boucle de Los Angeles à Los Angeles, ou en aller simple de Las Vegas à Los Angeles en se concentrant sur la très riche partie californienne de la Route associée à d’autres aspects de la région comme les déserts, vignobles, spas, villes fantômes, etc.

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