Archipel lové au cœur du Pacifique Sud, les îles Samoa sont partagées politiquement entre les Samoa (ex-occidentales) dont la capitale est Apia, et les Samoa américaines, situées dans sa partie orientale.
Placé sur un axe méridien légèrement au sud de l’équateur, à 4700 km au sud d’Hawaï et 2800 km au nord de la Nouvelle Zélande, l'archipel se trouve approximativement au centre d’un gigantesque triangle formé de l’Australie (4000 km au Sud-ouest), des Fiji (1200 km à l’Ouest), et de la Polynésie française (2400 km à l’Est). On notera également que la ligne de changement de date passe à environ 150 km à l’ouest de l’archipel. C’est donc peu dire que ces poussières d’îles (moins de 200 km² où se répartissent 68 000 personnes dont les 3/4 sur Tutuila) sont perdues dans le Pacifique Sud.
Aujourd’hui, les 6 îles américaines sont administrées par l’Office of Insular Affairs (OIA), une division du ministère de l’intérieur US qui gère les territoires américains « non incorporés et non organisés comme Guam et le Commonwealth des îles Mariannes du Nord. Elles sont autant d’occasions de découvrir une Amérique ô combien exotique pour le touriste aimant les destinations hors des sentiers battus !
GEOLOGIE
Les Samoa sont des îles d’origine volcanique, entourées d’atolls coralliens et réparties en trois groupes :
- Tutuila, l’île principale où se trouve Pago Pago la capitale, accompagnée d’Aunuu et de Rose, un atoll privé.
- Tau, Olosega et Ofu, un peu plus à l'Est, forment les îles Manua
- Swains Island, à 300 km au Nord.
En dehors de Swains et Rose qui sont des atolls formant des lagons, toutes les îles ont un relief accidenté, voire montagneux, en général couronné de nuages et culminant à 954 mètres avec le cône caractéristique de Lata Mountain sur l’île de Tau. Les volcans sont inactifs depuis 1911 mais leur activité a laissé des grottes formées par la lave en refroidissant, qu’il est amusant d’explorer.
La rade de Pago Pago occupe une ancienne caldera effondrée qui en fait l’un des ports en eau profonde les mieux protégés du Pacifique, l’élément clé de l’histoire de l’archipel.
CLIMAT
Le climat chaud et très humide, typique de la zone équatoriale, est tempéré par les alizés du Sud-est. La température est assez constante, oscillant de 25 à 30°C.
Les précipitations annuelles atteignent les 3 mètres, ce qui explique la luxuriance de la végétation. La saison des pluies s'étend de novembre à mars/avril, avec de fortes averses dans l’après-midi, tandis que la saison sèche, légèrement plus fraîche, s'étend de mai à octobre/novembre.
L’été austral est favorable au développement de cyclones tropicaux, surtout de janvier à mars. Les tremblements de terre peuvent aussi déclencher des tsunamis, comme celui du 29 septembre 2009.
ECONOMIE
Suivant l’économie polynésienne traditionnelle, 90% des terres sont possédées collectivement. L'activité est fortement liée aux États-Unis vers lesquels l'essentiel du commerce est orienté.
La pêche et la conserve du thon, qui rendent les faubourgs du port bien odoriférants, sont l’activité principale, mais les îles bénéficient d’aides gouvernementales et exportent aussi coprah, banane, cacao, fruits exotiques.
HISTOIRE
Occupées dès le VIe siècle avant JC par des peuplades venues d’Indonésie, des Vanuatu, des Fiji et des Tonga, les Samoa ont été découvertes par le hollandais Jacob Roggeveen en 1722. Comme souvent dans le Pacifique, missionnaires chrétiens, surtout britanniques avec le révérend John Williams, pirates et explorateurs se sont succédées dans le désordre, amenant avec eux troubles et maladies, mais aussi certains progrès. Devenus chrétiens, les samoans arrêtèrent de se battre entre tribus. La guerre fut remplacée par des compétitions de danse et des courses de pirogue ! Louis-Antoine de Bougainville baptisa l'archipel les "Iles du Navigateur" en 1768.
Le capitaine Paul-Antoine Fleuriot de Langle, commandant en second de l'expédition La Pérouse et capitaine de la frégate Astrolabe, y trouva la mort en 1787, massacré par les indigènes avec plusieurs marins et le naturaliste Lamanon.
Dans les années 1850, Pago Pago, étape des navires marchands sur la route de la Chine, fut l’un des premiers ports baleiniers du Pacifique. De nombreux voyageurs décidèrent de s’y installer, séduits par la beauté des îles et le mode de vie local traditionnel, régulé par le chef de famille.
Les Etats-Unis entrèrent en scène en 1872 lorsqu'ils établirent une station de ravitaillement et une base navale. Après un court intermède germanique, les îles furent réparties entre les Etats-Unis et la Nouvelle Zélande en 1914. La situation stratégique de l’archipel et son port exceptionnel en firent une base militaire capitale lors de la Seconde Guerre Mondiale, pivot de la suprématie navale dans les antipodes. Les militaires, plus nombreux que les civils, importèrent avec eux « l’american way of life », influençant profondément les autochtones qui décalquèrent le modèle de gouvernement américain.
Aujourd'hui, les îles Samoa élisent leur gouverneur et s’efforcent de préserver et de valoriser leur héritage culturel en conservant leur organisation familiale étendue, "l’aiga", dirigée par un chef, le "matai".
CULTURE
La culture samoane serait l’une des plus anciennes du Pacifique et la langue samoane est toujours parlée en famille, même si 99% des habitants parlent l’anglais.
Le sport local le plus pratiqué est une version locale du cricket, appelée "kirikiti". Le rugby est également très populaire. Plusieurs joueurs comme Tana Umaga se sont fait connaître sur le plan international. Bien sûr, les sports américains ont de plus en plus de succès chez les jeunes. Les compétitions sont à chaque fois le prétexte pour faire la fête autour d’un barbecue et se réunir sur la plage le week-end où l’on ne peut que constater la convivialité locale.
La sculpture sur bois, l’art du siapo et l’art du tatouage (pour les hommes comme pour les femmes) font partie des traditions artistiques locales, de même que la vannerie et le tissage.
Le chant et la danse, comme la sasa, ou la taualuga dansée par les femmes seulement pour des occasions spéciales, font aussi fermement partie des traditions.
TOURISME
Avec leurs denses forêts sombres arrosées de cascades et de torrents se perdant dans le basalte et leurs eaux couleur lagon frangées de cocotiers, les îles offrent un décor typique des « mers du Sud ». Tutuila, avec ses murailles de verdure se précipitant dans l’océan, est l’une des îles les plus spectaculaires du Pacifique. Soyez prudent pour la baignade : si les locaux ne se baignent pas, ne vous baignez pas non plus !
Encore très peu développées, on y pratique un tourisme encore embryonnaire, axé sur l’environnement, le sport, l’aventure en plein air et les traditions culturelles. C’est avant tout cette nature vierge et originelle qui attirera le visiteur marchant dans les pas de La Pérouse ou de Robert Louis Stevenson reposant près d’Apia sur l’île d’Upolu (aux Samoa occidentales).
70% du sol est planté de forêts, avec notamment 16 variétés de cocotiers et 20 d’arbres à pin. De nombreuses espèces d’oiseaux, avec en vedette, les perroquets, mais aussi quantité d’animaux marins viennent y nicher.
Une grande partie des îles est protégée par le National Park of American Samoa. A l’origine destiné à sauvegarder la forêt pluviale de Tutuila et Tau, il protége aussi plages de sable blanc et récifs de corail de l’île d’Ofu. Dans certains secteurs du parc, la population a l’autorisation de pratiquer la pêche traditionnelle ou des cultures à l’ancienne. Les touristes y pratiquent la rando pédestre et la plongée.
PAGO PAGO
Pago Pago, capitale de l'île principale de Tutuila et dont le nom paraît être tout droit sorti de BD ou de roman d’espionnage des sixties, jouit d’un site superbe avec sa rade enchâssée dans l’écrin de la forêt vierge recouvrant les montagnes.
En prenant un peu de hauteur, on comprend que son port, occupant une caldera de volcan effondrée, ait suscité l’enthousiasme de la marine américaine. En arrière-plan du port, le Mont Pioa, piton volcanique tabulaire constamment couronné de nuage à tel point qu’on l’a surnommé le faiseur de pluie (il y tombe 5 mètres de pluie par an) est classé National Natural Landmark.
Le village conserve son atmosphère des mers du Sud qui captiva Somerset W. Maugham. Il en fit le décor de « La Pluie », une nouvelle qu’il écrivit dans les années 1920. D'autre part, nul n’a l’impression de se retrouver au cœur de la modernité grâce à la hauteur des constructions qui y sont plafonnées, à de nombreuses baraques en planche ou à la Government House, résidence en bois de 1903 qui hébergea le gouverneur.
Un stop au marché local, qui fait aussi office de station de bus, vous convaincra même du contraire. Le Jean P. Haydon Museum, abrité dans un vieux building au toit métallique autrefois utilisé par l’US Navy, est consacré à la vie et à l’artisanat locaux avec outils, objets, pirogues et vie maritime. L’American Samoa Archives Office occupe la prison en pierre, datant de 1911.
Faites une visite au Visitor Center de l’American Samoa National Park sur Pago Plaza pour bien organiser votre exploration, que ce soit à Tutuila, Tau ou Ofu, îles sur lesquelles est réparti le parc. On y donne aussi des explications sur la préhistoire locale.
Pour le gîte, on choisira entre l’historique Sadie Thompson Inn où séjourna Somerset Maugham, ou le plus moderne Sadie's by The Sea, un motel de bord de plage.