Bonjour Sylvie,
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours s’il vous plait ?
Je suis journaliste grand reporter, écrivaine et réalisatrice multimédia. Après mes études aux universités de la Sorbonne et de Berkeley, j’ai co-fondé l’édition française du National Geographic où j’ai exercé pendant 15 ans. Puis j’ai été nommée au Comité directeur d’un programme phare de la National Geographic Society à Washington DC, All Roads Film Project, dont la vocation était de promouvoir les œuvres de réalisateurs et de photographes issus de minorités ethniques et culturelles.
Depuis, j’ai publié plusieurs livres chez Albin Michel, dont L’âme de l’Amérique. Au cœur des grands espaces de l’Ouest. Et j’ai récemment créé la série de podcast documentaire Sur la Piste du BISON.
Comment vous est venue l’envie de devenir journaliste et voyageuse ?
Quand j’étais enfant, je voulais devenir aventurière pour parcourir le monde. L’envie m’est venue en lisant des récits d’explorateurs. Le journalisme m’a permis d’explorer de manière approfondie certains aspects de la réalité du monde et de découvrir à la fois sa complexité et sa beauté. Mais aussi d’approfondir ma relation au continent américain, du nord au sud, où j’ai effectué de nombreuses missions. Aujourd’hui, j’ai réalisé mon rêve. Je suis l’une des rares femmes, membre de la Société des Explorateurs Français.
Quel a été votre premier voyage ou reportage marquant aux États-Unis, et pourquoi vous a-t-il autant marqué ?
J’ai toujours eu un fort tropisme pour les États-Unis qui me vient sans doute de mes parents. À l’école primaire, je voulais apprendre l’américain, pas l’anglais. Chaque expérience vécue aux États-Unis a été marquante. J’ai adoré étudier le journalisme et les hiéroglyphes mayas à l’université de Berkeley. Il y a un brassage de cultures et une énergie formidable sur ce campus. J’ai rencontré des personnalités exceptionnelles en Californie. Mais aussi en Arizona, au Nouveau-Mexique, dans le Massachussetts, etc. Chaque région a sa culture, son univers et ses codes. La constante est la sociabilité des gens et le sentiment que tout est toujours possible…
Votre livre L’âme de l’Amérique explore l’Ouest américain et les peuples autochtones : quelle rencontre ou quel moment vous a le plus touché ?
Mon livre est un récit de voyage doublé d’une enquête avec des éclairages historiques, anthropologiques et culturels. Il a reçu le patronage de la Commission nationale française pour l’UNESCO. J’ai voulu écrire L’âme de l’Amérique pour mettre en lumière le visage d’une Amérique lumineuse, solidaire et résiliente, loin des clichés sur un pays individualiste.
Des Rocheuses aux Grandes Plaines en passant par les coulisses du parc de Yellowstone et le champ de bataille de Little Bighorn, j’emmène les lecteurs à la rencontre de truculentes personnalités avec lesquelles je tisse des liens profonds depuis une dizaine d’années : chefs spirituels amérindiens, champions de rodéo, auteurs, rangers des parcs nationaux et artistes. Leur amour inconditionnel pour un environnement exceptionnel, fragilisé, nourrit leur sens très profond de la communauté et leur créativité.
Chaque été, lors de la Crow Fair, le plus grand rassemblement de tipis en territoire amérindien au monde, j’ai le privilège et l’honneur de partager la vie de camp des Indiens Crow. Mon amie Angela, ex-juge de la tribu, m’accueille dans son clan de femmes et dans son tipi. C’est l’un des moments que je partage dans mon livre qui m’a le plus touchée.
Comment vos expériences aux États-Unis nourrissent-elles vos conférences et ateliers ?
Mes expériences nourrissent mes conférences par des récits incarnés, issus du terrain, qui donnent chair aux grandes questions socio-culturelles et environnementales. J’aime partager des situations inédites vécues qui nous incitent à dépasser les préjugés et à renouveler notre regard sur les États-Unis.
À l’aide de supports visuels et audio, et de nombreuses anecdotes porteuses de sens, j’invite le public à une immersion sensible. J’essaie surtout d’ouvrir une autre perspective : celle d’une Amérique lumineuse et profondément humaine.
Pouvez-vous partager une anecdote qui, selon vous, illustre l’esprit ou la culture américaine ?
Lors de mon premier séjour dans le Montana, je ne connaissais personne. J’ai pourtant rapidement été invitée à une soirée dans la petite ville littéraire de Livingston. Au cours de cette soirée, j’ai sympathisé avec un couple qui m’a demandé quel était mon rêve ?
« Rester à Livingston une semaine pour découvrir ses environs », ai-je répondu.
Ils m’ont aussitôt proposé leur maison. « On ne s’en sert que 15 jours par an, le reste du temps on vit en Floride. On part demain pour Orlando. Les clés sont pour toi, si tu veux. »
La propriété, immense et somptueuse, était en pleine nature sur les bords du Yellowstone. Une confiance immédiate, une générosité authentique sans attente de réciprocité. C’est pour moi l’un des exemples qui illustre la générosité des Américains que j’ai eu la chance de rencontrer.
Selon vous, quel rôle jouent aujourd’hui les récits de voyage et le journalisme documentaire dans la société ?
Les récits de voyage et le journalisme documentaire permettent de donner chair aux réalités humaines, derrière les faits et les statistiques. Ils offrent un contrepoint aux flux rapides d’information, en réintroduisant du temps long, du contexte et de la nuance. Ils priorisent la parole incarnée et l’expérience vécue. Je les vois comme des outils essentiels pour comprendre, relier, sensibiliser et réenchanter notre regard sur le monde et ses habitants.
Pouvez-vous nous parler de votre podcast Sur la Piste du BISON, de l’idée qui vous a poussé à le créer, et de ce que vous souhaitez transmettre à vos auditeurs ?
Sur la Piste du BISON est un podcast indépendant et sans publicité, co-produit par Quand S’élèvent nos Voix, l’association que j’ai créée en 2023. Il s’agit d’une série documentaire audio autour de l’animal emblématique des États-Unis, le bison.
Suite à un face-à-face bouleversant avec un bison dans le parc de Yellowstone, et grâce à des accès rares, j’embarque les auditeurs en immersion dans les grands espaces de l’Ouest américain à la rencontre de personnalités qui ont une relation profonde avec l’animal sauvage et une parole puissante.
Sur la Piste du BISON est un podcast narratif d’aventure pour celles et ceux qui aiment les récits incarnés et la nature sauvage.
Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui veulent parcourir les États-Unis pour vivre des expériences authentiques et rencontrer les habitants ?
Voyager le cœur ouvert et confiant, avec du temps, si possible. Chaque voyage aux États-Unis réserve bien des surprises. Idéalement, ne pas trop planifier, se laisser porter par les rencontres. Mais bien entendu, chacun fait comme il peut et comme il le sent, en fonction de ses contraintes et de son intuition. Chaque expérience est une aventure unique.
Quels projets littéraires ou immersifs préparez-vous pour l’avenir ?
En ce moment, je me consacre à mon podcast Sur la Piste du BISON, un prolongement sonore de mon travail d’écriture. L’épisode 4 vient de sortir : “Dans les coulisses de Yellowstone, avec Chris Geremia, responsable du plus grand troupeau de bisons sauvages au monde”.
Une rencontre inédite. Une parole essentielle.
Sur la Piste du BISON est disponible sur toutes les plateformes : Apple Podcasts, Deezer, Spotify, YouTube…
Merci Sylvie !
